vendredi 27 janvier 2017

Olivier Ribeton: Architecture religieuse, le décor des églises jumelles


Architecture religieuse:

le décor des églises jumelles 
Olivier Ribeton
Conservateur du Musée Basque à Bayonne 

Article paru dans l’ouvrage Le Pays de Cize, éd. Izpegi, 1991, pages 181 et suivantes.  

Dans cadre de cet article, il ne pouvait être question d'étudier toutes les églises, chapelle, oratoires de ce vieux pays. Un fait nous a surpris: c'est de constater que nombre de ces édifices religieux allait par paires. Aussi, sans vouloir privilégier telle ou telle paroisse, nous abordons la description de quelques églises jumelles que le visiteur découvrira mieux en s'y rendant lui-même, en goûtant le charme des éléments décoratifs qu'il lira dans ce guide complet et en méditant sur le message exprimé dans la pierre ou le bois par des générations d'artisans épris de leur art. Ils traduisent l'indicible religieux avec une saveur populaire que comprend aussitôt le fidèle.
La renommée touristique a consacré les deux curieuses chapelles d'Alciette et de Bascassan que Gil Reicher  déclarait "absolument sœurs quant à la construction et à la décoration", tout en s'inquiétant, il y a cinquante ans déjà, d'attirer l'attention sur elles, précieux trésors qui seront sauvés par les amis du Pays Basque (1).

Alciette et Bascassan

Sainte-Croix d'Alciette est mentionnée dans les archives dès le début du XIVe siècle. Saint André de Bascassan faisait partie du territoire d’Alciette au XVIe siècle et possédait un hôpital, Ospitaletxe. Les deux paroisses avaient une maison noble ou infançonne, ce qui justifie peut-être à l’intérieur de chacune  des églises, la présence d’une loge latérale réservée à ces familles. Mais Gil Reicher y voit plutôt une galerie servant aux chanteurs et aux prêtres durant les vêpres.
Les deux paroisses furent réunies à celle d’Ahaxe au XIXe siècle et leurs églises prirent rang de chapelles. Leur aspect est encore identique à quelques détails près. Sous le porche surmonté d’un auvent, des bancs de pierre sont adossés au mur de l’église. Cette disposition est presque générale dans les édifices religieux que nous parcourons en Pays de Cize.
A Bascassan, un escalier extérieur sur la façade côté droit, monte jusqu’à la tribune arrière et permet par là, d’accéder au clocher dont la cloche vénérable était sonnée régulièrement par la dernière benoîte qui, signe des temps modernes, l’actionnait quelquefois depuis sa chambre située dans la benoîterie voisine, grâce à un système ingénieux en fil de fer. Une restauration récente a fait disparaître l'escalier extérieur de la chapelle sœur d'Alciette.
Eglise de Bascassan: entrée de serrure de la porte d'entrée
La serrure en fer forgé de la porte d’entrée de Bascassan était un sujet de discussion avec la benoîte : cet étrange personnage tenant une épée était-il l’archange saint Michel ou quelque diable ? Au sujet de la serrure moins travaillée d'Alciette, Gil Reicher y voyait un Christ embryonnaire...
Cependant la richesse de ces églises demeure leur décor intérieur qui allie de manière originale, l’architecture classique du bois travaillé et la vivacité des peintures maladroites. Eugène Goyheneche estimait avec raison ces «peinture naïves attachantes par la fraîcheur de l’inspiration et l’harmonie des couleurs» (2).
A Saint-Croix d'Alciette, sur la gauche, avant le chœur, un petit autel de la Vierge possède un retable composé de deux belles colonnes cannelées à soubassement orné d'un enroulement de pampres rustiques et à chapiteaux ioniques très purs. Sur un entablement classique, est posé un beau fronton en arc de cercle décoré de modillons. Au-dessus du cintre, est posée une croix de bois ouvragée. Ce qui frappe l'œil, c'est la polychromie franche et juste utilisée pour la mise en valeur des détails architecturaux. s'y ajoutent les motifs peints essentiellement en rouge, noir et bleu pour le tympan (une fleur au milieu des festons) et pour la prédelle d'autel (deux magnifiques fleurons d'acanthe).
Au centre, un cadre à la moulure d'or possède deux écoinçons en fleur de lys bleue. Il délimite une scène peinte à même le mur: une Vierge à l'Enfant sur fond de paysage réduit à une colline étrange, un arbre et une maison évoquant sans doute la Santa Casa de Lorette.
A l'imitation de l'art primitif, les contours des personnages sont soulignés par de gros traits noirs et les proportions sont fausses. La maladresse du dessin et la difformité des corps séduisent pourtant et nous restons étonnés devant la pose déhanchée d'un enfant Jésus nu et debout, appuyé contre sa mère, et dont les lignes du corps sont marquées comme les plombs d'un vitrail ou le crayon forcé d'une caricature. Gil Reicher le décrit "extravagant, gros à plaisir, bizarre de forme, articulé".

 
Alciette: autel de la Vierge
Le mur du chœur donne la même impression d'opposition entre une architecture classique et des peintures naïves. Cependant, le retable se partage ici en deux étages et cinq travées inégales avec une architecture en trompe-l'œil, sur les côtés. La travée centrale et les deux immédiatement latérales sont entourées de belles colonnes de bois, cannelées, avec un décor torsadé à la base, sommées de chapiteaux ioniques soignés. Les entablements sont ornés de frises de fleurs peintes au premier étage et de modillons au deuxième. Au centre, les entablements forment un cintre, peu accentué, celui du dernier étage étant surmonté d’un décor en bois découpé : une croix plantée dans un vase et accostée par deux curieuses vagues —volutes renversés— parsemées chacune d’une nuée de petits points bleus peints autour d’une fleur géométrique bleue et rouge, rappelant les sculptures quadripartites des stèles basques. Sous la voûte, une profusion ornementale peinte de couleurs vives sur fond blanc, mêle les entrelacements végétaux à deux anges figurés, accrochés aux colonnes latérales. Motifs et couleurs traduisent le goût de la première moitié du XVIIe siècle en France.
Les entrelacs peints se retrouvent sous l’architecture feinte des deux extrémités, architecture qui met en valeur les grandes peintures de Sainte-Catherine-d’Alexandrie à notre droite, avec sa roue et sa palme, et de Saint-Michel-l’Archange à notre gauche, casqué en guerrier romain à la mode Louis XIII et qui soupèse bien haut les âmes des pauvres pêcheurs, avec un diable aux doigts griffus qui tombe dans les flammes de l’Enfer, sous le pied de l’ange.
Au dessus de maître-autel, la peinture figure six personnages réunis autour d’un hôtel, dont la Vierge agenouillée, saint-Joseph tenant un cierge allumé et un prêtre coiffé d’une mitre et d’un manteau rouges portant dans ses bras l’Enfant Jésus. Cette scène illustrant la Présentation au Temple plutôt que la Circoncision, est survolée par une petite colombe de Saint-Esprit qui étend ses rayons dorés. L’offrande du Christ est consommée avec le curieux tableau du registre supérieur où apparaît Jésus en croix, mais traité comme un crucifix de salon, entouré cependant de deux têtes d’anges voletant sous les bras, et deux autres anges agenouillés, l’un avec les ailes déployées et le bras droit levé, l’autre avec les mains jointes. De chaque côté de ces mystères centraux, les grands apôtres : Saint-Pierre et ses clefs à notre gauche, Saint-Paul et son glaive à notre droite, puis au-dessus autour du crucifix, une sainte femme debout essuyant ses larmes, probablement la Sainte-Vierge en Stabat Mater et Saint-Jean-Baptiste avec un agneau. Celui qui a reconnu «l’Agneau de Dieu» est en général remplacé à la gauche de la croix par Saint-Jean-l’Evangéliste. Une peinture de Saint-Jean baptisant le Christ occupe à gauche de l’entrée, dans la même église, les deux vantaux supérieurs de la porte des fonds baptismaux, surmontée d’un curieux fronton sculpté.
Apôtres et saints sur la voûte
Un autre sujet est traité à la fois en médaillon peint sur l’antependium de l’autel et dans une petite armoire latérale : c’est le règne de l’Enfant Jésus portant dans sa main gauche un globe planté d’une croix et bénissant de la main droite. L’Enfant-Roi est traité par une mignonne statue de bois peinte et dorée, habillée de vêtements en tissu orné de frises de coquilles jacobites et coiffée d’une couronne en métal et pierreries.
La décoration peinte d’Alciette continue au plafond, où sont figurés les Apôtres dans des tableaux plus tardifs (XVIIIe siècles ?), au milieu d’un ciel étoilé. Nous voyons à notre gauche, à partir du chœur : Saint-Jean l’Evangéliste avec l’aigle et la coupe empoisonnée d’où sort un dragon (Saint-Jean porte ici une barbe en contradiction avec la Tradition), Saint-André er sa croix, Saint-Simon et sa scie, Saint-Barthélémy et son couteau ; et à notre droite : Saint-Marc et le lion, Saint-Jacques le majeur avec le bourdon et la coquille, Saint-Philippe avec la croix et un livre ouvert et Saint-Jacques le Mineur avec un livre fermé. Gil Reicher note que chacun des apôtres «se détache sur un délicieux petit paysage plein d’agreste simplicité».
Au centre du plafond, où de grandes planches de bois sont courbées, jointées et clouées sous la charpente jusqu’à donner l’impression d’une carène renversée, le peintre a reproduit la colombe tenant dans son bec le triangle biblique au milieu d’une gloire de rayons rouges.
Une chaire très petite à panneaux sculptés en triangle et peints, probablement du XVIIIe siècle, est accrochée au mur de droite. On y accédait par le loge du chœur fermée par de maigres balustres tournés. L’escalier qui menait à cette loge s’est effondré. Au-dessous, se trouve la petite sacristie, où l’on voit comme à Bascassan une émouvante gravure du XVIIe siècle représentant le Christ en croix entre le soleil et la lune, la Vierge et Saint-Jean. Cette gravure en deux feuilles est typique des images colportées à travers la France d’Ancien régime et qui servaient souvent de modèles aux peintres du terroir. Avant de quitter Alciette, admirons près de l’entée le grand Christ en Croix dont le corps est taillé dans une seule pièce de bois, à l’exception des bras. Avec le fauteuil du célébrant en noyer tourné et sculpté de fougères et avec le meuble de sacristie, il témoigne de l’habileté des artisans locaux su XVIIe siècle.
Alzietako tabernaklea
Le tabernacle n’est pas très digne d’intérêt, quoique d’une facture un peu rocaille du XVIIIe siècle : un ostensoir sur la porte avec une colombe blanche au-dessus. Quatre statuettes d’apôtres en demi-relief sur les côtés et les ailes, celles-ci terminées par des volutes assez fades. Au registre supérieur, un expositoire est terminé par une couronne royale fermée, tenue en avant par deux crosses sculptées, le tout en bois recouvert d’une mauvaise peinture marron.
Après la description d’Alciette, il est facile d’indiquer les rares différences rencontrées à Saint-André-de-Bascassan : la chaire à prêcher se trouve sur le mur gauche, à la place de l’autel de la Vierge. On y accède par un simple escalier en échelle. Du coup, l’autel de la Vierge est reporté dans le chœur, juste à côté de l’autel majeur et accentue la dissymétrie des retables. En effet, derrière le maître autel semblable à celui d’Alciette, se déploie une architecture totalement décalée sur notre droite : on retrouve cinq travées au retable principal, mais très étroites entourées de colonnades cannelées ou torsadées très simples, sans chapiteaux véritables, sinon vaguement doriques. Les entablements sont aussi simplifiés, avec des lignes droites, des motifs sculptés de fleurs ou de cercles quaternaires proches des décors des stèles basques. Pas de place pour des sujets composés : chaque travée, chaque étage montre la figure peinte d’un unique saint avec son nom inscrit dessous. Autour de Saint-André, le saint patron, nous voyons Saint-Léon portant sa tête, Saint-Pierre apôtre, Saint-Paul apôtre un autre Saint-Pierre martyr. Cinq autres personnages occupent le registre supérieur : Sainte-Madeleine et la Vierge essuyant ses larmes à la droite du Christ en croix, Saint-Jean (?) et un saint agenouillé à sa gauche.
Cet étage est surmonté d’une composition très surprenante que décrit Gil Reicher : «D’une gloire en bois sculpté, Dieu le père sort à mi-corps s’avançant dans l’église presque horizontalement. Il tient d’une main le globe terrestre. Sa figure est extraordinaire. Ses yeux ronds vous fixent avec violence…». Tout aussi étrange, et Gil Reicher n’en parle pas, est la présence du Christ ressuscité, tenant sa croix au milieu de rayons. Il est peint en buste sur un panneau en demi-cercle, un peu penché vers le fidèle et placé à droite du Père éternel et plus haut que lui, au-dessus d’un panneau sculpté d’ornements architecturaux.
Encore plus à droite du Père et du Fils, mais plus bas, se trouve la colombe du Saint-Esprit qui domine l’autel de la Vierge dans une recherche symbolique très poussée. La colombe sculptée en fort relief est placée au milieu d’un cercle rayonnant d’or et d’argent, en léger relief parmi les nuages blancs et un ciel bleu étoilé que l’on retrouve à la voûte du plafond. Sur cette voûte en carène renversée, pas d’apôtres peint comme à Alciette, mais au milieu des étoiles, la lune et le soleil avec des rayons et à la jonction de la voûte et des murs latéraux, une longue et jolie frise de rinceaux rouges, jaunes bleus, roses sur fond blanc qui rappelle l’ornementation XVIIe siècle d’Alciette. Le goût chatoyant de cette époque se voit encore dans les beaux bouquets sortant de vases dorés, peints sur la prédelle de l’autel de la Vierge. Au dessus, une peinture de la Vierge à l’enfant debout, dont le style fait penser à celle d’Alciette en plus sage, est entourée de saintes femmes dans les compartiments latéraux distribués par les colonnes torsadées. Au-dessus de la Vierge, on reconnaît une peinture de Sainte-Catherine d’Alexandrie avec sa roue, qui occupe de même que Saint-Michel l’Archange, ici reporté à notre droite, à l’opposé, une place exactement inversée par rapport à leur position à Alciette. A Bascassan, Saint-Michel l’Archange, ici reportée à notre droite, à l’opposé, une place exactement inversée par rapport à leur position à Alciette. Ici à Bascassan, Saint-Michel paraît davantage belliqueux, avec l’épée brandie vers le spectateur et les jambes en mouvement. Le diable effondré en enfer est tout aussi désespéré. Remarquons qu’à Bascassan, cette peinture est sur toile, alors qu’elle est sur bois à Alciette. Même emplacement pour le Christ en croix à l’entrée à droite, seule l’expression diffère. On peut aimer le Christ cloué à Bascassan plus soigné, à la chevelure travaillée. Gil Reicher préférait celui d’Alciette qui lui semblait «à la fois bizarre et plus humain». Les dater paraît difficile : ils ne sont probablement pas antérieurs au XVe siècle. 
Béhorléguy et Mendive 
En plus modeste, l’église Notre-Dame de l’Assomption de Béhorléguy reprend le plan rectangulaire très simple de Saint-Vincent de Mendive, avec un clocher coiffé d’un toit à quatre pentes. Sur la façade latérale, des corbeaux de pierre grise sont peut-être des vestiges d’une construction disparue. Le ciment et la peinture blanche recouvrent les pierres qui pouvaient être aussi bien appareillées qu’à Mendive.
A l’intérieur, un sol dallé mène à un petit retable composé d’une peinture de l’Assomption, entourée de deux colonnes cannelées au centre duquel est sculpté un Dieu le Père, figuré sous les traits d’un jeune homme. Deux grandes volutes latérales sont décorées de guirlandes de tournesol.
Le plus remarquable dans la décoration intérieure est la série de statues en bois peint accrochées sur les murs : à gauche eu retable, une sainte femme hiératique date du Moyen-âge, si l’on se fie aux plis rigides de la robe rouge et au drapé classique du manteau bleu. Le visage un peu abîmé frappe par l’impression de distance et de méditation intérieure, souligné par une chevelure rigide et une couronne très simple serrant la tête. Ses avant-bras étant sectionnés, cette statue a perdu les attributs qui auraient permis de l’identifier. Peut-être tenait-elle un enfant Jésus, ce qui justifierait son appellation de «Vierge en majesté ».
A droite du retable, une autre statue, beaucoup plus récente, est sculptée dan un registre baroque : reposant sur deux têtes d’anges aux joues roses, une femme tend les deux bras en avant, avec les mains ouvertes  en signe d’offrande. Le visage poupin encadré de cheveux noirs bouclés, le voile et le robe malhabilement agités, traduisent une œuvre naïve. L’effet général de la statue est inattendu, mais dégage un certain charme.
L’archange Saint-Michel, sur le mur latéral de droite, est plus traditionnel. Le grand Christ en croix, sur le mur de gauche, est très beau et sa tête se penche en un mouvement d’accueil vers le fidèle qui entre. A côté, se trouve une croix de procession en bois très peu travaillé.
Dans le cimetière, un calvaire en pierre daté de 1822, est monté sur une colonne. Deux têtes allongées sont sculptées sous les bras de la croix. Des stèles discoïdales ont été ajoutées à la base. Les tombes sont surmontées de croix bas-navarraises.
Mendive apparaît dans les textes, dès le XIIe siècle. L’église saint-Vincent a gardé sous son porche, un portail roman très simple en pierre rouge composé de deux arcs en plein cintre, à la moulure ronde, dont l’un est parcouru de dix motifs sculptés en forme de boules. Les arcs reposent, de chaque côté, sur deux colonnes dont l’une est engagée dans le mur, au point que l’on peut croire à une simple moulure accentuée, et l’autre, tout à fait libre, montre un fût en pierre blanche.
Au-dessus du portail, une grande inscription lapidaire indique «1682», date de la réfection probable de l’église, laquelle a belle allure, avec son imposant clocher terminé par une cornique moulurée qui soutient une toiture en ardoise à quatre pentes, surmontée d’une grande girouette formée d’une croix, d’un coq et d’une flèche en fer forgé.
Un remarquable appareil, en pierres grises et jaunes, constitue les murs de l’église, où sont percées d’étroites fenêtres. Le chevet plat est partiellement refait en moellons, mais garde un beau chaînage d’angle.
 
Mendibeko Andere Dona Maria
A peine la porte franchie, le visiteur est saisi par la présence, à sa gauche, d’une Vierge en bois doré, assise sur un trône. L’archaïsme des gestes fait penser à l’époque romane, mais la richesse d’ornement des vêtements et leur léger mouvement traduisent une œuvre gothique. Des fleurs de lys sont semées sur la robe de l’Enfant et de simples feuilles sur le manteau de la Mère, manteau ramené sur les genoux, qui laisse bien dégagé le buste revêtu d’une simple robe à plis. La Vierge esquisse un curieux geste du bras droit levé, avec la main en prolongement qui pince entre le pouce et l’index iun objet disparu : peut-être une fleur ? L’Enfant Jésus caresse de la main droite, la joue de sa mère et de la gauche, soutient un globe surmonté d’une croix. Ses cheveux bouclés et torsadés, coiffés d’une couronne à fleurons, encadrent un visage ingrat où dominent un fort menton et un nez en trompette. Le visage de la mère est plus noble et hiératique, avec des traits plus fins mis en valeur par un long voile retenu par une couronne simple. Le ciseau malhabile du sculpteur a façonné d’énormes pieds avec des doigts élargis à l’Enfant Jésus, accentuant ainsi son aspect difforme. Cette statue a été montrée à l’exposition de 1965, à Saint-Palais.
 
Fonds baptismaux
Provenant d’une chaire, un abat-voix décoré d’une colombe au milieu de rayons dorés est curieusement réutilisé, tout de suite à gauche, pour orner les fonds baptismaux fermés par deux portes et entourés de grandes volutes rouges et vertes, sculptées de fleurs d’acanthe dorées. Cet ensemble dissimule la vasque en pierre surmontée d’un arc en plein cintre, avec au-dessus une gravure du baptême du Christ édité à New-York par Tugis Jeune.
Au-dessus de l’escalier menant aux galeries, à droite, est accroché un intéressant Christ en croix en bois polychrome et de facture naïve. Le sculpteur a donné à la chevelure du Crist, qui tombe sur son épaule droite, un curieux mouvement tournant.
Deux éléments impriment leur marque à l’église et la réchauffent : un parquet en chêne aux lames disposées en chevrons et surtout un triple retable qui meuble le chœur sous un arc triomphal en bois, au-dessus duquel est peinte une grande frise de gerbe de blé et de vignes, relativement moderne. Le triple retable date probablement du XVIIe siècle, au moment de la restauration en 1682. 
Mendibeko erretaula
La travée centrale est encadrée de deux hautes colonnes cannelées à chapiteaux corinthiens dorés. La base des colonnes est ornée de pampres dorés sur fond rouge et se rétrécit brutalement au niveau du socle, pour donner l’impression inattendue d’une colonne rognée et enfoncée dans une sorte de corbeille décorée et deux rangs de godrons élancés. Au sommet, un entablement cintré à modillons reçoit deux pots à feu à ses extrémités et une agraphe sculptée de feuilles et fleurs d’acanthe à l’effet déjà rococo, au centre. Au milieu du retable, une grande niche oblongue abrite la statue du saint patron.

San Bixente
Les deux travées latérales reprennent la même dispositif en plus réduit, avec des pilastres cannelés dorés au lieu des colonnes et un cintre plus accentué.
La particularité de chaque niche est d’être percée au milieu de la peinture des retables. Dans la travée centrale, la niche enfoncée dans le mur, montre à son sommet une superbe coquille et sur son pourtour, un gros tore feuillagé, le tout doré.
A sa base, le culot est sculpté d’une tête d’ange émergeant d’ailes déployées. Le visage gras et joufflu de l’ange s’accompagne d’un sourire béat sous une épaisse chevelure de moine tonsuré. La statue de Saint-Vincent l’évêque, tenant la crosse de la main gauche et bénissant de la droite, est étrange : l’œuvre adopte une forme conique, avec une mitre étroite, un visage triangulaire, une robe et un surplis s’évasant vers le bas et un simple manteau en mouvement. Mains et visage sont d’un blanc laiteux, avec seulement un peu de rose sur les pommettes et le vêtement d’une magnifique dorure à la feuille.
Autour de la niche qui reçoit la statue, un tableau peint sur bois est réparti sur deux registres : en haut, une architecture en trompe-l’œil dessine un arrondi qui suggère la profondeur. Sur notre droite un Saint-Laurent tient la grille, instrument de son supplice et une palme ; de même sur notre gauche, Saint-Etienne tient une pierre et une palme de martyre. Sur leur dalmatique, la chasuble rouge fait écho au rouge manteau du Père Eternel qui paraît au sommet d’une voûte céleste feinte. Les visages délicats des deux diacres, auréolés d’or, sont très bien peints, mieux sans doute que le visage assez brutal de Dieu le Père émergeant d’une chevelure et d’une barbe blanche abondantes couvrant  son vêtement bleu. Les couleurs et la facture de qualité traduisent une œuvre du XVIIe siècle. On doit regretter que le registre du bas ait été totalement repeint récemment en utilisant les motifs de bouquets de fleurs et d’architecture d’un très médiocre effet. Les sujets peints qui décoraient sans doute le pourtour des deux niches latérales ont disparu, remplacés par une peinture rouge uniforme.
Mendibeko tabernaklea
Le tabernacle mérite notre attention, même s’il a été en partie refait. Sur la porte cintrée encadrée de modillons, un grand calice est sculpté et doré. Les côtés du coffre sont ornés de corbeilles de fruits. Les ailes du tabernacle montrent sur le panneau de gauche la sculpture de Sainte-Lucie portant sur un plateau ses yeux suppliciés et tenant, dans sa main droite, un large pan de manteau sur fond de nuage et de palmes de martyre : sur le panneau de droite, la sculpture de Sainte-Catherine-d’Alexandrie tenant une épée tournée vers le bas dans sa main droite, avec un morceau de la roue de son supplice à son pied gauche et une palme de martyre à son pied droit, est couronnée sur un fond de nuage doré. Les deux panneaux sont cantonnés de colonnes cannelées à chapiteaux corinthiens, à la sculpture taillée directement dans l’épaisseur du bois, avec aux extrémités, de grandes volutes de feuilles d’acanthe.
 
Au-dessus du tabernacle, l’exposition se présente comme une niche presque fermée surmontée d’une galerie arrondie, composée de petits balustres et soutenant un dôme en forme de «casque», de feuilles d’acanthe tournées vers le bas.
L’expositoire est accosté de deux volutes d’acanthe et son architecture composée de quatre statues d’anges aux mains jointes, dont le buste repose sur une console et dont les ailes forment l’arrondi des arcs délimitant la niche de devant et les panneaux cintrés des côtés. Les panneaux latéraux représentent l’Annonciation : à droite, la Vierge est assise devant un lutrin avec un livre ouvert ; à gauche, l’archange Gabriel pointe l’index gauche vers le Ciel et une robe fortement agitée de mouvements baroques découvre une longue jambe dénudée. L’ensemble de cette sculpture dorée sur bois traduit le goût de la seconde moitié du règne de Louis XVI. Sur l’autel, un gradin est orné de trois belles fleurs de lys encadrées de rinceaux. La table d’autel possède un médaillon central sculpté d’un agneau étendu sur la croix au milieu des rayons. Enfin, la marche de l’autel dessine un motif géométrique composé de bois d’essences et de couleurs variées.

Bustince-Iriberry
Chacune sur la colline, l’une saluant l’autre, les deux chapelles jumelles de Bustince et d’Iriberry ont gardé leur aspect médiéval. Elles montrent un chevet plat et des fenêtres très étroites taillées en biseau. La façade en pierre de taille de leur clocher est percée de deux arcades abritant une cloche. L’arrière du clocher est monté en colombage.
Bustince, mentionnée comme paroisse en 1388, est dédiée à Notre-Dame-de-l’Assomption, Iriberry à Saint-Vincent. Les murs de Bustince sont en bel appareil, davantage soigné à la base. Sous le porche, au centre d’un banc de pierre qui réutilise un jarleku de 1780, s’ouvre un étroit portail en arc brisé sans ornement, percé dans un mur épais. Sous le clocher, une salle précède la nef et conserve à gauche, un bénitier rond en pierre engagé dans le mur. La deuxième porte franchie, on découvre le curieux dallage de la chapelle constitué de grandes pierres inégales, percées pour la plupart d’un trou à une extrémité qui permettait de les soulever, souvenir dune époque où l’on enterrait les morts dans l’église. A gauche, les fonds baptismaux primitifs sont composés d’une vasque en pierre, bloquée dans le mur et dont le débordement extérieur a nécessité la construction d’un contrefort sur la façade. La vasque est surmontée d’un bel arc aux claveaux parfaitement jointés.
Un retable assez sommaire possède une peinture naïve de l’Assomption, signée et datée «Chavauty 1848» et portant l’inscription «Hiriart curé», commanditaire de l’œuvre.
Iriberriko erretaula
Sur le mur de gauche, une statue médiévale en bois polychrome représentant Saint-Jean l’Evangéliste, imberbe tenant un livre, a été montrée à l’exposition d’Art Sacré Navarrais, organisée à Saint-Palais en 1965.
Sur le mur de droite, dans une vitrine composée de colonnes en bois doré, est abritée une naïve Vierge à l’Enfant, du XVIIe siècle. La statue en bois richement doré à une allure allongée. La Vierge Marie soutient de la main droite le pied droit de l’Enfant Jésus qui bénit. Une couronne haute et étroite est posée sur le voile de la Vierge, tombant sur l’ample robe agitée d’un mouvement baroque.
 

Iriberrin, XVII. Ama birjina

Iriberrin, Donjoni Ebanjelista, erdi arokoa
Les cimetières de ces deux chapelles renferment d’intéressantes stèles discoïdales du XVIIe siècle.
Les églises sœurs subissent parfois des transformations radicales. Jusqu’en 1762, le recteur de Lacarre et Gamarthe habitait le presbytère de Lacarre, ce dernier village étant connu dès le XIIe siècle. Lorsque Harispe, le futur Maréchal de France, acheta le château de Lacarre, il fit reconstruire la vieille église dans un style fonctionnel et banal. A l’intérieur, un retable d’époque restauration possède une peinture représentant Saint-Martin-de-Tours, signée et datée «F. Rigal 1836». En revanche, l’église de Gamarthe fut modifiée en 1783, si nous en croyons la date trois fois répétée sur les linteaux en pierre grises des fenêtres méridionales. Sous un porche très protégé, se trouve un portail en plein cintre à grands claveaux de pierre.
Dans la belle porte en bois, une porte plus petite est percée, avec un décor sculpté d’une croix et de billettes. A l’intérieur, deux étages de galeries latérales en bois et une tribune respectent une tradition implantée en Basse-Navarre depuis la fin du XVIe siècle. Les peintures ornementales du chœur et le tableau votif de Saint-Laurent à genoux, datent du XIXe siècle. En général, les édifices placés à proximité des routes très fréquentées ont souffert davantage du goût modernisateur. Une étude plus complète démontrerait cependant que la majorité des églises du pays de Cize jusqu’à Arnéguy, appartient par l’unité de leurs retables, au mouvement décoratif issu de l’application tardive des consignes du Concile de Trente. Les réalisations sont plus ou moins inspirées des grands styles appelés «baroque à la française» ou «classicisme Louis-Quatorzien», mais gardent toujours la fraîcheur d’un art populaire, avec parfois une touche tout à fait naïve.
 
(1) Gil Reicher en donne une description romantique et charmante dans son étude  : Une excursion aux églises d’Alciette et de Bascassan, paru dans Cathédrales du Sud-Ouest au fil des ondes, 1939, Imprimerie Fontas, Périgueux. Pages 102 à 115. Puis dans un tiré à part  édité par la mairie de Saint-Jean-Pied-de-Port,en 1945. Cet opuscule nous a été aimablement communiqué par M. Gérard Eder.
(2) Eugène Goyheneche, Le Pays Basque, Pau, 1979.

Erretaula, Buztintzeko elizan

Bataiharria, Buztintzeko elizan

Urbenedikatu untzia, Buztintzeko elizan

Buztintzeko elizan


Buztintzeko hil herrian, Pierre Curutchet-en hobia.
 



 

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