vendredi 27 janvier 2017

Maite Lafourcade: La charge de benoîte en Pays Basque


La charge de benoîte
en Pays Basque

Maite Lafourcade

Maître de conférences à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour,
Faculté pluridisciplinaire de Bayonne, Anglet, Biarritz.
 
Publié dans la revue d’études basques Ekaina,
numéro spécial Les Benoîteries au Pays Basque, 1991.

La benoîte fait partie des particularités de la société basque, du moins labourdine et navarraise. C’était en quelque sorte la maîtresse de maison de l’église paroissiale. Alors que dans les paroisses gasconnes, c’était un homme, un benoît, qui remplissait cette fonction (1), en Pays Basque, c’était une femme. Il y en avait généralement une par paroisse, parfois deux, s’il y avait plusieurs églises ou lieux de cultes.

L’origine de cette institution se perd dans la nuit des temps. Sa plus ancienne mention date du XVIIe siècle. Pierre de Lancre, dans son "Tableau de l'inconstance des mauvais anges et démons..." publié en 1612, accusait les benoîtes de se livrer à la débauche avec les curés.

Au XVIIIe siècle, elle apparaît comme un personnage essentiel au sein de la communauté villageoise. Elle était au service des habitants de la paroisse et faisait le lien entre eux. C’était une sorte de vestale du culte catholique mais aussi païen, car elle protégeait les récoltes. D’ailleurs, par sa nomination elle relevait à la fois de la communauté des habitants et de l’Eglise ; et ses attributions consistaient en des tâche matérielles dans l’église.

Benoîte, 1930 (Iñigo Bernoville)
I- La benoîte devait sa nomination à la communauté paroissiale de l’église

Elle était généralement choisie par les maîtres de maison de la paroisse. Mais ce choix devait être ratifié par l’évêque. Il était suivi d’une prise de possession «réelle» de la charge.

A- Son choix

Au décès de la benoîte, sa charge était le plus souvent mise aux enchères par la communauté des habitants, représentée par les maîtres de maison réunis en assemblée capitulaire. Après trois proclamations par trois dimanches consécutifs, les candidatures étaient examinées par les maîtres de maison à l’issue de la messe du dimanche, ou parfois par les seuls magistrats municipaux, en présence du curé qui participait exceptionnellement à ces débats desquels il était d’ordinaire exclu. La benoîte était choisie parmi les jeunes filles de plus de trente ans, originaires du village, célibataires, qui, par leur bonne vie, mœurs et religion, étaient jugées dignes de cet emploi (2). L’élue était celle dont la dot était compétitive pour satisfaire à la mise eux enchères de la charge (3).

Le nombre des candidates et le prix élevé à payer pour obtenir cet office, prouvent son importance. Le prix variait, à la fin de l’Ancien Régime, de 600 à 1500 livres selon les lieux, alors que le chiffre moyen des dots était en Labourd, à la même époque, en milieu rural, de 504 livres. Cette dot, qualifiée dans les actes «d’aumône dotale», représentait les droits de la benoîte sur sa maison natale. Mais, alors que les droits des enfants légitimaires étaient réversibles à leur souche au cas de décès de l’enfant doté sans postérité, la dot de la benoîte était délivrée «sans espérance de retour» (4).

Cette dot était partagée entre le curé et la communauté villageoise (4), et elle était généralement destinée aux réparations et décorations de l’église.

Dans certaines paroisses où l’église avait été fondée par le maître d’une maison noble, ses descendants jouissaient de certains privilèges honorifiques dont celui de présenter le curé en cas de vacance à l’agrément de l’Evêque et aussi de participer à la nomination de la benoîte (5), alors que les nobles, en Labourd, étaient exclus des assemblées paroissiales, sauf  à Saint-Pée-sur-Nivelle et à Urrugne. Ce privilège était exceptionnel en Labourd et n’appartenait qu’aux maîtres de la maison noble d’Arcangues, aux vicomtes d’Urtubie à Urrugne et à Hendaye (6), aux seigneurs de saint-Pée-sur-Nivelle, aux seigneurs de la maison de Macaye dans cette paroisse, aux barons de Lacarre à Larressore et à Halson, et aux abbés de l’abbaye des Prémontrés à Lahonce et à Urcuit.

En Basse-Navarre où la féodalité s’était largement implantée, il était plus fréquent (7). Parfois, comme à Anglet ou Uhart-Cize, le droit de patronage de la cure appartenait au chapitre de la cathédrale de Bayonne, ou, comme à Hasparren, Béhorleguy, Saint-Jean-Pied-de-Port, il était partagé entre l’évêque de Bayonne qui en jouissait de janvier à juin et le chapitre de la cathédrale de juillet à décembre. A  Ayherre, l’évêque intervenait seul.

Le droit de patronage, comme les autres privilèges honorifiques dont jouissaient les maisons nobles, faisait partie intégrante de la maison qui le possédait et était transmis avec elle en cas de cession entre vifs ou à cause de la mort (8).

Mais que le droit de présentation de la benoîte appartînt aux maîtres de maison de la paroisse, comme généralement en Labourd, ou aux descendants du fondateur de l’église paroissiale, ce choix faisait l’objet d’un contrat rédigé par un notaire entre l’abbé (nom donné au maire dans les communautés rurales sous l’Ancien régime) qui représentait la communauté villageoise, assisté ou non de jurats (alias, conseillers municipaux) et les maîtres de la maison natale  de la benoîte.

Il devait être suivi de la ratification de ce choix par l’évêque de Bayonne auquel appartenait seul la nomination définitive. Suivait alors la prise de possession matérielle de sa charge par la nouvelle benoîte.


Lehuntzen, andere seroraren hil harria
 
B- La prise de possession de la charge

La benoîte, comme l’acquéreur au Moyen Age après un contrat de vente, se transportait en personne sur les lieux, s’y installait et y faisait des actes de maître. Cette «prise de possession réelle, matérielle et corporelle» avait lieu au grand jour devant témoins et en présence du notaire qui en prenait acte (9) La nouvelle benoîte faisait des gestes rituels et symboliques dans l’église où elle s’agenouillait et s’asseyait sur le siège qui lui était destiné, dans la sacristie et dans la petite maison et la jardin qui jouxtaient l’église et le cimetière et qui était son logement de fonction, appartenant à la communauté : «Elle aurait ouvert et fermé les portes d’icelle maison, allumé et éteint le feu, et touché la crémaillère, après quoy nous serions transportés au jardin de ladite maison où elle aurait aussy pris et jetté une poignée de terre, d’herbes et de feuilles…» (9)

Cette prise de possession témoigne de l’archaïsme du droit basque et du caractère fermé de la société. Le consentement, principe d’origine romano-canonique, qui domine le droit des obligations depuis le XVIe siècle et selon lequel les obligations naissent du seul échange de consentement, selon l’adage «solus consensus obligat» et selon lequel aussi, depuis le XVIIe siècle, le droit de propriété est transféré par simple consentement, n’avait pas encore pénétré en Labourd à la veille de la Révolution. On y trouve le formalisme oral et le symbolisme du droit médiéval qui exigeait, comme dans les droits primitifs et même en droit romain classique où la distinction entre les obligations, droits personnels, et les droits réels était très nette, l’exécution de certaines formes pour réaliser un transfert du droit de propriété.

Officiellement investie de sa charge par la communauté des habitants de son village et par l’évêque du diocèse, la benoîte devait prendre possession de sa charge en accomplissant tous les gestes qui symbolisaient ses diverses attributions (9).

II- La benoîte partageait ses attributions entre l’église et la communauté villageoise

S’occupant de l’église, elle rendait des services aux habitants de la paroisse et n’était rétribuée que par eux.

A-     Ses fonctions

Les gestes accomplis par Gratianne Dufau pour prendre possession, en 1778, de la benoîterie d’Arcangues (9), symbolisent ses attributions : «…dans ladite église où étante elle aurait ouvert et fermé les portes d’icelle… dans la sacristie… elle aurait aussi vu, visité et examiné les ornements et les linges qui sy sont trouvés, ensuite elle aurait fait descendre la lampe d’icelle église, éteint la lumière qui y était, et après l’avoir rallumée elle aurait fait remonter, après quoy elle aurait donné quelques coups de balai au sol de ladite église, ensuite ayant donné quelques coups de cloche et fermé les portes d’icelle église…»

La  benoîte, en effet, détenait les clefs de l’église qu’elle ouvrait et fermait en temps utile. Elle était chargée du nettoyage, de l’entretien et de la décoration de l’église. C’est elle qui entretenait le linge et les vêtements sacerdotaux rangés dans la sacristie. Elle allumait et éteignait les lampes à huile et les cierges.

Lors des cérémonies religieuses, messes, vêpres, baptêmes, mariages, enterrements, processions ou autres, elle était la maîtresse de cérémonie, réglant leur déroulement et respectant un rite traditionnel. Elle distribuait le pain béni à la messe où elle tenait une place comparable à celle du curé qui distribuait la communion.

Elle présidait notamment aux rites funéraires. Et il semble, tant son rôle dans le culte des morts revient souvent dans les actes, qu’elle ait eu, parmi ses importantes fonctions, celui de veiller les morts qui étaient enterrés dans l’église, encore à la veille de la Révolution (10). Elle rallumait, lorsqu’elle s’éteignait, la mèche du rouleau de cire qui était placé sur la sépulture de chaque maison ancienne, devant le jarleku.

Le deuil, retour de l'église, Hasparren. (Vers 1927, A. Calavas, Paris)
 

Quand il n’y avait pas de sonneur de cloche, c’est elle qui sonnait les cloches, notamment à l’occasion du décès d’un habitant de la paroisse. Elle sonnait la messe, les vêpres, l’angélus…, les baptêmes, mariages, enterrements et autres cérémonies funéraires.

Elle sonnait les cloches, à la demande des paysans, pour détourner l’orage ou la grêle. Elle était souvent sollicitée pour dire des prières pour toutes sortes de causes…. Son prestige était tel qu’elle était considérée comme ayant des sortes de pouvoirs surnaturels.

Enfin, dans certaines paroisses, elle était chargée de l’instruction des filles (11). Bien que l’enseignement primaire ait été rendu obligatoire par la déclaration royale du 13 décembre 1698, peu nombreux étaient en Pays Basque les maîtres d’école. En 1737, Monseigneur de Bellefont, évêque de Bayonne, constatait l’absence de maître d’école dans 4 paroisses sur 19. Les maîtresses d’école étaient encore plus rares : seules deux paroisses, Bidart et Ciboure, en avaient une (12). C’était donc la benoîte qui se chargeait bénévolement d’apprendre à lire et à écrire, mais surtout le catéchisme, les prières et les cantiques, aux filles de la paroisse, auxquelles les parents voulaient bien donner un minimum d’instruction ; ce qui était rare, les paysans étant hostiles à l’instruction qu’ils jugeaient inutile (13).

En échange des services qu’elle rendait à la communauté, la benoîte était logée, et nourrie par les habitants.

B-     Sa rétribution

Les revenus de la benoîte variaient selon l’importance de la paroisse. Mais dans l’ensemble, ils étaient fort convenables et correspondaient au prix élevé de la charge qui était aussi lucrative qu’honorifique.

Bien que sa dot lui fût constituée «sans espérance de retour» et qu’elle fut affectée à l’entretien de l’église, elle touchait cependant, semble-t-il sa vie durant, les intérêts de la somme qu’elle avait portée, à moins que la petite somme qu’elle recevait annuellement de la communauté fut une sorte de rétribution ? Toujours est-il qu’elle touchait chaque année une petite somme variable selon les paroisses : 75 livres à Anglet, 15 livres pour chacune des benoîtes d’Hendaye, 30 livres 15 sols à Garro ou Gréciette… Mais la benoîte n’était pas un agent communal, salariée en tant que tel. Ses revenus étaient fixes, affectés à sa charge.

La plus grosse part en effet, était constituée par des gratifications en nature. Chaque maison devait lui donner une certaine quantité de grain par an. Au moment de la moisson, elle allait de champ en champ et récoltait, selon les lieux, environ 5 à 6 conques de froment et 10 à 15 conques de blé d’Inde, nom qui était alors donné au maïs. A Itxassou, les deux benoîtes recevaient une gerbe de blé ou de millet par maison, soit environ 12 conques de blé et 16 à 18 de millet chacune. A Louhossoa, la benoîte ne ramassait que 6 à 7 conques de grain. A Espelette, elle avait environ 12 conques de froment et millet par an, soit environ 30 livres. A Biarritz, «elle retirait de son employ environ vingt conques de grain que le peuple lui donne à la récolte…»

De plus, elle touchait un droit casuel à l’occasion de chaque cérémonie. Chaque messe chantée lui valait des présents. A Briscous, les deux benoîtes recevaient à cette occasion «un pain de deux sols, 10 conques de froment et autant de blé d’Inde». A Biarritz, « elle retirait de son employ», outre les grains que lui donnait chaque maison lors de la moisson, «pour le moins deux cents livres des mariages, baptêmes, morts et autres petits droits de l’église». A Lahonce, elle ne recevait à chaque messe commandée, qu’un pain et un sol. A l’occasion des honneurs funèbres rendus aux morts, la benoîte de Garro recevait un pain et quelque offrande, et dix liards à chaque service d’obit, service religieux célébré à la mémoire d’un défunt, le jour anniversaire de sa mort. Elle recevait quelques petits présents lorsqu’on lui demandait de sonner les cloches. A Bidart, les deux benoîtes recevaient «pour la sonnerie des cloches des morts, des grands et des petits, environ 32 livres» (14). Dans cette dernière paroisse, 53 livres pour soigner l’horloge et pour la valeur du pain béni qu’elle distribuait au peuple tous les dimanches (15).

Les benoîtes ont disparu. La dernière, Marie-Louise Cadiou, originaire de Suhescun, vivait à Bascassan il ya quelques années à peine. Après un séjour en maison de retraite à Ispoure, elle est décédée en cette localité le 6 mars 1991, à l’âge de 87 ans. La société basque évolue, mais elle ne doit pas oublier son passé et a même le devoir de veiller soigneusement à sa conservation, car c’est lui qui donne son identité à un peuple.

P. Kauffman, Le jour des morts au Pays Basque, L'Illustration, 3 novembre 1894, Paris.
 
(1)     Cf. Anne Zink, Pays et paysans gascons sous l’Ancien régime, Thèse, Lettres Paris I, 1985, 9 vol. dactyl., pp. 786-803.

(2)     Cf. article 17, titre II des Ordonnances synodales du diocèse de Bayonne publiées par Monseigneur l’Illustrissime et Révérendissime Messire Guillaume d’Arche, évêque de Bayonne, dans un Synode, tenu le 12 mars 1749. Bayonne, 1769.

(3)     Ainsi à Biarritz, le 23 mai 1784, la benoîterie, rendue vacante par le décès de la benoîte, fut adjugée au plus fort enchérisseur : le sieur Ducourneau, maçon, offrait 500 livres à la communauté, le sieur Guinoy 525, le sieur Castillon 625, le sieur Dalbarade 750 et le sieur Laurent Dalbarade, potier de terre et maître de Licharte, 835 livres. La benoîterie fut adjugée à ce dernier. Mais deux jours plus tard, le sieur Castillon, maître de la maison du Comptou de Biarritz, offrit 935 livres et emporta la benoîterie. Le 20 juin suivant, le sieur Castilon dotait sa belle-sœur, Marie Bats, légitimaire de la maison de Comptou de 935 livres qu’il remit, en partie, au curé de la paroisse et, en partie, à la communauté des habitants de Biarritz. Marie Bats fut nommée à la benoîterie de l’église Saint-Martin de Biarritz. Mais le 29 août suivant, le sieur Castillon étant décédé et ses héritiers ne pouvant payer cette somme, de nouvelles adjudications eurent lieu. Archives municipales de Biarritz, BB3.

(4)     «Nomination de la personne de Gratianne Dufau, fille de la maison Dolharre du lei d’Arcangues pour benoîte de l’ église de Bassussarry». Acte du 25 février 1778, Bertrand Planthion, notaire royal à Biarritz, AD-PA, III E 4784, Annexe.

(5)     Ainsi à Arcangues en 1778, le benoîte fut choisie par l’abbé, nom donné au maire dans les paroisses rurales sous l’Ancien Régime. Les cinq jurats (équivalents des conseillers municipaux actuels) et Michel d’Arcangues, écuyer, seigneur de la maison noble d’Arcangues et patron de l’église d’Arcangues, à la charge de payer aux sieurs abbé et jurats, 1350 livres «pour aumône dotale, sans espérance de retour, à employer pour la décoration et nécessités de l’église. Acte du 11 février 1778, Bertrand Planthion, notaire royal à Biarritz, AD-PA, III E 4784.

(6)     «Nominations de Jeanne Etcheverry, cadette de la maison de Sacrobaita, à la place de la benoîte dans l’église d’Hendaye par Monsieur le vicomte d’Urtubie. Acte du 25 août 1783, Martin Dornaldeguy, notaire royal à Urrugne, AD-PA, III E 9903.

(7)     Le droit de patronage appartenait au seigneur de Harriette, à Aincille, au commandeur d’Apat-Ospital, de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, pour la chapelle d’Apat-Ospital, située sur le territoire de Saint-Jean-le-Vieux ainsi qu’à Mendive, Bustince et son église annexe d’Iriberry, aux maîtres des salles d’Apat de Bussunaritz et d’Etchepare de Sarrasquette, patrons à Bussunaritz et à Juxu, à l’abbé de l’abbaye des Prémontrés de Lahonce et à Ispoure aux maîtres de la maison Darieux à Labastide-Clairence, aux maîtres de la maison noble de Saint-Martin à Lecumberry, aux maîtres de la maison noble de Belzunce à Méharin, aux maîtres de la maison noble de Garro à Gréciette, aux maîtres de la maison noble de Lafutsun, barons de Lacarre, vicomte de Saint-Esteben dans cette paroisse, aux maîtres de la maison d’Echaux à Saint-Etienne-de-Baigorry, aux vicomtes de Saint-Martin à Saint-Martin-d’Arberoue et à Suhescun…. Jean-Baptiste Daranatz, Nominations ecclésiastiques du diocèse de Bayonne, 1778-1788, extrait d’un registre in-folio de 286 pages, Archives de l’Evêché de Bayonne.

(8)     Ainsi, Pierre Diesse, négociant à Hendaye, ayant acquis des barons de Lacarre, les châteaux de Saint-Martin de Larressore et d’Uhalde d’Halsou, jouissait de tous les droits qui y étaient attachés, notamment de celui de désigner la benoîte de Larressore et de Halsou. Acte du 3 janvier 1783, Martin Dornaldeguy, notaire royal à Urrugne, AD-PA, III E 9907.

(9)     «Prise de possession de la benoîterie de l’église paroissiale de Bassussarry par Gratianne Dufau, fille de la maison Dolhare du lieu d’Arcangues». Acte du 2 mars 1778, Bertrand Planthion, notaire royal à Biarritz, AD-PA, III E 4784, annexe.

(10)  Article de l’auteur : «La sépulture et le droit basque», in Hil harriak, Actes du colloque international sur la stèle discoïdale, Musée basque Bayonne, 8-10 juillet 1982, publiés par la Société des amis du musée basque, 1984, pp. 107-111.

(11)  Article 5, titre IV des ordonnances synodales de Mgr d’Arche : loc-cit.

(12)  PV des visites pastorales de Mgr de Bellefont en 1737 : AD-PA, G 14.

(13)  Ainsi à Biarritz, l’assemblée des maîtres de maison refusa 60 livres d’appointements au maître d’école, «attendu que la communauté ne se trouve point en état de faire des libéralités», délibération du 24 avril 1786, AM de Biarritz, GG 16.

(14)  Mémoire ou état du nombre des prêtres, de leurs patrimoines, prébendes, des obits fondés dans les églises paroissiales, et du nombre de benoîtes : AD-PA, G 159.

(15)  Anne Zink, op. cit., p. 1970.

Femme de Saint-Engrâce, 1930, Iñigo Bernoville.
 
 
Annexe
 
Nomination de la personne de Gratianne Dufau, fille de la maison Dolhare du lieu d’Arcanques pour benoîte de l’église de Bassussarry (1).

Bassussarry, 25 février 1778

Ce jourd’hui  vinq-cinquième du mois de février mil sept cent soixante dix huit, après midy, en la paroisse de Bassussarry pays de Labourt, par devant moy notaire royal soussigné, présens les témoins bas nommés, ont comparus : Bertrand Darraidou, maître jeune de la maison Chemetorenia, abbé de la présente paroisse et communauté de Bassussarry, lequel a dit qu’ayant été présenté dans une assemblée par luy et la majeure partie des habitants de la présente paroisse tenue, que l’employe de benoîte de l’église de Saint Barthélemy de cette présente paroisse étant vacante par le décès d’Etiennette Detcheverry, dernière titularesse de lad. Benoîterie et qu’il convenait d’en nommer une autre a son lieu et place, ils auraient à cet effet en présence de Monsieur Maître Bernard Larreguy, pretre, docteur en théologie et curé du présent lieu, lors d’une commune et unanime voix nommé et choisy pour Benoîte de ladite église Gratianne Dufau, fille de la maison Dolhare au lieu d’Arcangues personne reconnue dans cette paroisse et dans tous ses environs de bonne probité et de bonne vie, mœurs, religion catholique, apostolique et romaine, aux mêmes honneurs et droits, prérogatives et émoluements que ladite Detcheverry et les précédentes Benoîtes en ladite qualité ont accoutumé de jouir et percevoir tant dans ladite église que dans cette paroisse, à la charge aussy pour elle de son côté de faire et rendre les mesmes services et devoirs que les précédentes Benoîtes ont accoutumé de faire et rendre dans les occasions aux habitants de la présente paroisse, et en cette considération ladite Dufau aurait offrir pour aumone dotale la somme de six cents livres qu’elle aurait fait promettre de payer dans le temps que la communauté luy réytérerait la présente nomination par ce public, et alors meme ledit Sieur Larreguy curé aurait convenu avec ladite communauté, que ladite somme de six cents livres d’aumone dotale serait partagée par moitié entre lesdits sieur Larreguy curé et Darraidou abbé, pour par chacun deux employer ce qui luy reviendra, scavoir le dit sieur curé partie à se payer de certaines avances qu’il a déjà faites au proffit de ladite église et le restant aussy à subvenir aux besoins les plus pressants de la même église ; et que ledit Sieur Darraidou abbé emploira aussy son contingeant scavoir partie a faire faire les réparations les plus nécessaires qui sont a faire dans la même église, et l’autre partie au proffit de ladite communauté ainsy que de tout ce il compte par l’acte de délibération de ladite communauté en datte du vingtième du présent mois de février. Dans cet état le dit Darraidou abbé, en exécution de ladite délibération reytérant la susdite nommination, ont nommé et choisy pour Benoîte de la susdite église la meme Gratianne Dufau icy presente et acceptante et ce sous les mêmes charges, conditions, prérogatives, emmoluments et logement cy dessus et à la délibération dudit jour vingtième du présent mois de février, expliqué, et pour effectuer l’offre qu’elle avait fait faire audit lieu capitulaire, Arnaud Hirigoyen maître de la maison Dolhare, a tout présentement compté et payé en argent de cours réellement et d’effet en présence de moydit notaire et témoins, de ses propres deniers pour ladite Dufau sa belle-sœur, icelle somme de six cents livres d’aumone dotale, scavoir celle de trois cens livres audit sieur Larreguy curé, et l’autre tris cens livres audit sieur Darraidou abbé, en sorte qu’après qu’ils ont retiré devers chacun la somme leur concernant, ont déclaré s’en tenir pour content et satisfait et en acquitter tant ledit Hirigoyen que ladite Dufau, promettant de les employer conformément et ainsy qu’il est porté dans l’acte de délibération dudit jour vingtième du présent mois de février er afin que ladite Dufau puisse s’installer en la possession de ladite Benoîterie, tant cellecy que ledit sieur Darraidou abbé suplient Monseigneur l’Evêque ou en son absence Messieurs ses grands vicaires d’approuver ladite nommination et de luy en accorder la sienne à ce nécessaire. Et au moyen dudit payment que ledit Hirigoyen vient de faire ladite Dufau renonce par ces présents à ne jamais rien demander sur la maison et biens Dolhare pour raison de ses droits légitimaires ou autrement ; et au cas qu’elle vienne à obtenir ledit titre elle renonce à pouvoir jamais rien répetter pour raison de ladite somme de six cents livres d’aumone dotale, déclarant l’abandonner purement et simplement en faveur de ladite église et de ladite communauté sans espérance d’aucun retour. Et pour entretenir et exécuter ce que dessus à peine de tous dépens dommages et intérêts, lesdites parties ont obligé, affecté et hipotéqué scavoir ledit sieur Larreguy curé tous les biens, renthes et revenus de ladite église, et ledit Sr. abbé ceux de ladite communauté, et ladite Dufau les siens propres, présens et avenir qu’ils ont le tout soumis à toute rigueur de justice a qui la connaissance en appartiendra.

Fait en présence de Maître Martin de Latxalde prêtre et docteur en théologie, et Sr. Martin Martiquet, maître chirurgien, habitans du présent lieu, témoins à ce requis, et cy signés avec ledit Sr. Larreguy curé, ce que n’a fait led. Darraidou abbé ni les autres partis pour ne scavoir écrire, ainsy qu’ils ont déclaré de se faire interpellés par moy.



Sarako alarguntsak
Héliogravure extraite du livre de Rodney Gallop Philippe Veyrin:
Pays Basques de France et d'Espagne, B. Arthaud, Paris, 1951. 

Prise de possession de la Benoîterie de l’église paroissiale de Bassussarry, par Gratianne Dufau, fille de la maison Dolhare du lieu d’Arcangues.

Bassussarrry, 2 mars 1778

Ce jourd’huy deuxième jour du mois de mars  mil sept cens soixante dix huit, après midy, en la paroisse Bassussarry, pays de Labourt, par devant moy Notaire royal et apostolique soussigné, présens les témoins bas nommés, a comparue : Gratianne Dufau, fille de la maison Dolhare du lieu d’Arcangues y demeurante, laquelle a dit que par acte du vingt cinquième du mois de février dernier, retenu par moy notaire, qu’en conséquence du pouvoir qui luy en avait été donné par la communauté du présent lieu par ladite délibération du vingtième du même mois de février, Sr. Bertrand Darraidou abbé de ladite communauté en présence et de l’agrëement de M. Me Bertrand Larreguy pretre docteur rn théologie et curé du présent lieu, l’aurait nommée et choisie pour Benoîte de l’église Saint Barthélémy dudit présent lieu, et s’étant en conséquence pourvue pour en avoir le titre à ce nécessaire par devant Monseigneur l’Evêque de Bayonne, en son absence Monsieur Dithurbide l’un de ses vicaires généraux le luy aurait expédié signé de luy et plus bas par Monseigneur Detcheverry secrétaire en datte du vingt septième du mois de février, lequel titre ladite Dufau ayant exhibé à moy notaire requis en même temps de vouloir l’installer en possession réelle actuelle et corporelle de ladite Benoîterie, Pour y satisfaire je dit Notaire me suis transporté en compagnie de ladite Gratianne Dufau et des témoins qui seront cy bas nommés,

En premier lieu dans ladite église ou étante elle aurait ouvert et fermé les portes d’icelle, ce fait nous serions transporté au siège ou la benoîte a droit et coutume de s’agenouiller et s’asseoir et y étante elle sy serait en effet agenouillée et assise, après quoy serions allés dans la sacristie de ladite église, ou étante elle aurait aussy vu, visité et examiné les ornements et les linges qui sy sont trouvés, ensuite elle aurait fait descendre la lampe d’icelle église, éteint la lumière qui y était, et après l’avoir rallumée elle l’aurait fait remonter, après quoy elle aurait donné quelques coups de balai au sol de ladite église, ensuite ayant donné quelques coups de cloches et fermé les portes d’icelle église, serions transportés dans la maison de la benoîterie et ou les benoîtes ont accoutumé de loger, ou étante elle aurait aussy ouvert et fermé les portes d’icelle maison allumé et éteint le feu, et touché la crémaillère, après quoi nous nous serions transportés au jardin de ladite maison ou elle aurait aussy pris et jetté une poignée de terre, d’herbes et de feuilles, et tant dans ladite église maison et jardin fait et observé toutes les formalité et autres actes possessoires et à ce requis et nécessires, et resté dans ladite église maison et jardin fait et observé toutes les formalités et autres actes possessoires à ce requis et nécessaires, et resté tant dans ladite église maison et jardin tout autant de tems que bon luy a semblé au vu et sçu de tous ceux qui l’ont voulu voir et scavoir sans aucun contredit opposition ny empechement de personne et le tout en signe d’un vraye et réelle possession de quoy et de tout ce dessus ladite Gratianne Dufau a requis a moy Notaire de luy retenir le présent acte de prise de possession ce que je luy ay octroyé par le jeu de mon office.

Fait en présence dudit Sr. Larreguy curé et de Jean Duhalde, Sr. de Pipinenia, jurat de la présente parroisse, témoins à ce requis et cy signés, ce que n’a fait ladite Dufau pour ne scavoir écrire ainsy qu’elle a déclaré de ce faire interpellé par moy.

(1)     Bertrand Planthion, notaire royal à Biarritz, AD-PA II E 4784.

Benoîte, 1930, Iñigo Bernoville.
 
Les benoîteries du Pays Basque

Les benoîteries actuellement recensées au Pays Basque Nord sont au nombre de 29, 5 en Labourd, 23 en Basse-Navarre, notamment au Pays de Mixe, près de Saint-Palais et une en Soule.

En Labourd : Arbonne, Bonloc, Jatxou, Saint-Pierre-d’Irube et Urcuit.

En Pays de Cize et vallée d’Ossès : Ahaxe, Ascarat, Bascassan, Bidarray, Bunus, Bussunaritz, Bustince, Estérençuby, Lantabat, Lasse,  Saint-Michel et Uhart-Cize.

En Pays de Mixe : Amorots, Domezain-Berraute, Gabat, Ilharre, Juxue, Labets, Larribar, Masparraute, Oneix, Orègue, Sorhapuru et Succos.

En Soule : Olhaiby.

 

 

 

 

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